Les élites de la Renaissance acadienne

Durant la deuxième moitié du 19e siècle, la collectivité acadienne connaît un essor démographique, culturel et politique remarquable. La proportion de population acadienne au Nouveau-Brunswick passe ainsi de 17,5 p. 100 en 1871 à 28 p. 100 en 1911. De nouvelles maisons d'enseignement supérieur et de nouveaux journaux sont créés dans les communautés acadiennes. De même, la participation acadienne augmente au sein des partis politiques et dans les structures gouvernementales.

Ces progrès gonflent le sentiment nationaliste des Acadiens, qui s'exprime pendant de grands congrès tenus au tournant du siècle. Organisés par l'élite laïque et le clergé acadiens, les conventions nationales acadiennes aiguisent la conscience collective acadienne. On y discute des problèmes économiques, politiques et culturels qui touchent les Acadiens. On y adopte aussi des symboles pour représenter l'appartenance à la communauté acadienne. Ainsi, les délégués choisissent une fête nationale lors du premier congrès, tenu à Memramcook en 1881. Les débats entourant ce choix sont animés; certains militent en faveur de la Saint-Jean-Baptiste, fête des Canadiens français, d'autres pour une fête propre aux Acadiens. Les délégués retiennent finalement l'Assomption comme fête nationale des Acadiens. À Miscouche, en 1884, ils adoptent un drapeau et un hymne national acadiens. À partir du congrès d'Arichat en 1900, les Acadiens livrent une lutte acharnée contre la domination irlandaise au sein du clergé catholique. En 1912, après de nombreuses démarches auprès de Rome, les Acadiens obtiennent enfin leur premier évêque (1). Bientôt, les progrès réalisés durant la période adoptent presque la forme d'un mythe, celui de la Renaissance acadienne.

Cette section présente diverses facettes des élites et de leur contribution à la formation du nationalisme acadien à la fin du 19e siècle. Elle comprend un historique des premières grandes conventions nationales, notamment celles de Memramcook en 1881, de Miscouche en 1884 et de Pointe-de-l'Église en 1890, de même qu'un tableau synoptique de tous les grands rassemblements acadiens du 19e et du 20e siècles. On y retrouve également une courte biographie des principaux personnages d'élite associés à la Renaissance acadienne, et de généreux extraits des discours qu'ils ont prononcés lors des conventions.

(1) Source : Jacques Paul Couturier, en colaboration avec Wendy Johnston et Réjean Ouellette, Un passé composé : Le Canada de 1859 à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1996, p. 112. © Les Éditions d'Acadie. Reproduit avec permission.