BIOGRAPHIES DES ÉLITES DE LA RENAISSANCE ACADIENNE
(intervenants aux conventions nationales de 1881, 1884 et 1890)


Arsenault, Joseph-Octave / Belliveau, Fidèle / Belliveau, Lucien-J. / Belliveau, Philippe-L. / Bourgeois, Philéas F. / Cormier, François-Xavier / Doucet, Joseph R. / Doucet, Stanislas-J. / Girouard, Gilbert-Anselme / Girroir, Hubert / Johnson, Urbain / Landry, Pierre-Amand / Landry, Valentin / LeBlanc, Olivier-J. / Lefebvre, Camille / Ouellet, Louis-Joseph / Poirier, Pascal / Poirier, Stanislas-F. / Richard, Marcel-François / Robidoux, Ferdinand / Turgeon, Onésiphore

ARSENAULT, Joseph-Octave (1828-1897)

Instituteur, homme d'affaires, fermier et homme politique, Joseph-Octave Arsenault est né le 5 août 1828 à Cascumpèque, Île-du-Prince-Édouard. Il est le fils de Mélème Arsenault, fermier, et de Bibienne Poirier. Le 15 avril 1861, il épouse Gertrude Gaudet à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard. Le couple aura neuf enfants. J.-O. Arsenault est décédé le 14 décembre 1897 à Abram-Village, Î-P.-É.

Joseph-Octave Arsenault passe son enfance dans la région de la Baie-Egmont, à l'Île-du-Prince-Édouard, où ses parents s'établissent en 1831. Il fréquente les écoles paroissiales de Baie-Egmont et de Miscouche, avant d'entreprendre, à 19 ans, une carrière d'instituteur qui dure 18 ans. Il retourne aux études à Charlottetown après cinq ans d'enseignement, afin d'obtenir un brevet d'enseignement de première classe.

En 1865, Arsenault délaisse l'enseignement en faveur du commerce. Il ouvre un premier magasin général à Abram-Village, puis un second à Wellington, afin de desservir la population agricole. Arsenault s'établit à Abram-Village, où il s'adonne lui-même à l'agriculture, selon les méthodes modernes. Ses activités commerciales se diversifient au cours des années 1870, lorsqu'il devient propriétaire d'une pêcherie, puis d'une usine de mise en conserve du homard. Il se fait connaître comme l'un des principaux empaqueteurs de sa région à la fin du 19e siècle.

Joseph-Octave Arsenault poursuit également une carrière politique. En 1867, il se fait élire à l'Assemblée législative de l'Île, où il siège sans interruption pendant 28 ans. Arsenault est membre du Conseil exécutif entre 1873 et 1876, puis du 1879 à 1891. Il est membre du bureau d'Éducation de 1879 à 1891. Longtemps actif au sein du parti conservateur, Arsenault prend position en faveur du financement des écoles confessionnelles de l'Île. En 1895, il devient le premier sénateur acadien de l'Île, poste qu'il occupe jusqu'à son décès en 1897.

Arsenault s'intéresse vivement au sort du peuple acadien et collabore au mouvement nationaliste qui réunit des chefs de file acadiens du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l'Île-du-Prince-Édouard. Il assiste au grand rassemblement des Canadiens français organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. Il est vice-président de la première convention nationale, à Memramcook en 1881, et joue un rôle de premier plan dans l'organisation de la convention nationale qui a lieu à Miscouche en 1884. En 1884, il devient le président-fondateur de la Société l'Assomption dans sa paroisse. Arsenault se préoccupe particulièrement du développement de l'éducation pour les Acadiens. Il se dévoue à la promotion de l'enseignement en français dans les écoles de l'Île et du sort des établissements d'enseignement supérieur des provinces Maritimes. Il se fait également promoteur de la modernisation de l'agriculture et de la colonisation, et occupe le poste de deuxième vice-président de la Société acadienne de colonisation fondée en 1881. Dans le discours qu'il prononce lors de la première convention nationale, Arsenault se dit favorable à l'adoption de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, fête célébrée déjà par les Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard, et symbole pouvant contribuer au resserrement des liens entre les Canadiens français et les Acadiens.


Sources: Georges Arsenault, "Arsenault, Joseph-Octave" dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. XII (Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1990) p. 43-45; La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, p.32; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).


BELLIVEAU, Fidèle (1845-1891)

Prêtre catholique, Fidèle Belliveau est né en 1845 à Memramcook, Nouveau-Brunswick. Il est le fils de François Belliveau, fermier, et de sa femme Madeleine. Il est décédé en 1891.

Fidèle Belliveau fait ses études classiques au collège Saint-Joseph de Memramcook et complète des études en théologie au Grand Séminaire de Montréal. Ordonné prêtre en 1876, Belliveau dessert d'abord une population majoritairement anglophone à Quaco, près de Saint-Jean (N.-B.), avant de se voir affecter en 1880 à Moncton, une ville en pleine croissance. Belliveau est un ardent promoteur de tempérance. Membre actif de l'association de tempérance à Moncton, il fait aussi partie du comité provincial de l'association.

Belliveau se montre également intéressé par le mouvement florissant du nationalisme acadien de la fin du 19e siècle. Il mobilise ses paroissiens de Moncton pour appuyer les activités de la première convention nationale des Acadiens tenue à Memramcook en 1881. Dans son discours livré lors de cette première grande réunion, Belliveau se prononce catégoriquement en faveur du droit des Acadiens, en tant que peuple distinct, à une fête nationale qui leur est propre.


Sources: Jean Bernard Goguen, "Le clergé acadien du Nouveau-Brunswick (1850-1930), La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 15, no 1 (mars 1984), p. 4-20; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

BELLIVEAU, Lucien-J. (1861-1911)

Médecin, Lucien-J. Belliveau est né en 1861 à Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Belliveau est diplômé du collège Saint-Joseph, à Memramcook, et poursuit ses études en médecine à Montréal. Il obtient son diplôme en médecine en 1884 et s'installe par la suite à Shédiac, Nouveau-Brunswick. Belliveau s'implique dans l'administration locale, en tant que premier maire de Shédiac.

Comme d'autres membres des professions libérales, Belliveau participe au réveil nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Il est membre du comité exécutif de la deuxième convention nationale des Acadiens en 1884 et du comité général de la troisième grande rencontre en 1890. Dans son discours prononcé lors du congrès de 1890, le docteur Belliveau prône l'accès à l'enseignement en français en Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard. Par ailleurs, il participe à la fondation de la Société l'Assomption en 1903 et propose l'idée de la Caisse écolière. Lucien-J. Belliveau est décédé en 1911.


Sources: La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, p.31; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. 1 (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

BELLIVEAU, Philippe-L. (1861-1933)

Prêtre catholique, Philippe-Louis de Gonzague Belliveau est né le 21 juin 1861 à Belliveau-Village, dans la vallée de Memramcook, Nouveau-Brunswick. Il est le fils de François Belliveau, fermier, et de Madeleine Landry. Il est décédé en août 1933 à Grande-Digue (N.-B.)

Belliveau reçoit une formation classique au collège Saint-Joseph de Memramcook et fait ses études théologiques au Grand Séminaire de Montréal. Ordonné prêtre en 1884, Bellieveau est ensuite tour à tour vicaire à Richibouctou-Village, à Sussex et à Barachois. En 1896, il devient curé de Grande-Digue, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1933.

Prêtre engagé dans le réveil nationaliste acadien du tournant du siècle, le père Belliveau se fait une réputation de grand orateur et de prédicateur influent. Dans son discours prononcé sur le bateau au retour de la convention nationale de Miscouche, en 1884, le jeune curé livre un message de dignité et de fierté nationales. La solidarité entre Acadiens demeure essentielle, selon lui, afin de relever les défis du développement national. Il prend également la parole lors de la convention nationale de 1890, à Pointe-de-l'Église, où il souligne l'importance de la colonisation et de l'éducation pour l'avenir des Acadiens.


Sources: Fernand Arsenault et Edmour Babineau, Philippe Belliveau (Moncton, Éditions d'Acadie, 1988); Jean Bernard Goguen, "Le clergé acadien du Nouveau-Brunswick (1850-1930), La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 15, no 1 (mars 1984), p. 4-20; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. 1 (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

BOURGEOIS, Philias F. (1855-1913)

Prêtre catholique, éducateur, journaliste et historien, Philias F. Bourgeois est né le 17 novembre 1855 dans la vallée de Memramcook, au sud-est du Nouveau-Brunswick. Il est le fils de Frédéric Bourgeois, fermier, et d'Ozithe Boudrot. Il est décédé à Memramcook le 3 avril 1913.

Bourgeois fait ses études primaires à l'école du Village des Pierre-à-Michel, dans la vallée de Memramcook. Dès le printemps de 1865, à l'âge de neuf ans, Philias commence ses études au collège Saint-Joseph, qui vient d'ouvrir ses portes à Memramcook. Le jeune Bourgeois se fait remarquer pour son intelligence précoce, et devient le protégé du fondateur du collège, le père Camille Lefebvre. En 1873, il entre au noviciat des Pères de Sainte-Croix à Montréal. De retour à Memramcook deux ans plus tard, il assume les charges d'enseignement au collège Saint-Joseph. Sa carrière d'éducateur et de clerc est très mouvementée. Ordonné prêtre en 1879, Bourgeois sort de sa communauté religieuse quelques années plus tard afin d'exercer son ministère dans plusieurs paroisses de langue française: de 1882 à 1889, il est tour à tour curé à Manchester (New Hampshire), au Cap-Breton, puis en Nouvelle-Écosse. Son retour au collège Saint-Joseph en 1889 ne dure que deux ans. En 1891, il répond à l'appel des pères Eudistes du nouveau collège Sainte-Anne, situé à Pointe-de-l'Église, en Nouvelle-Écosse, et s'y installe pendant deux ans afin de prêter son concours à l'enseignement et à l'organisation pédagogique. De retour au collège Saint-Joseph en 1893, Bourgeois part à nouveau en 1900 pour passer deux ans à Montréal dans la Congrégation de Sainte-Croix. Il regagne de nouveau sa province natale avant de se retirer à l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal en 1911.

Le père Bourgeois se distingue à titre de journaliste et historien. Il s'intéresse vivement à l'histoire des Acadiens et se découvre une passion pour les recherches et l'écriture. Le père Bourgeois encourage ses compatriotes à mieux connaître leur histoire et signale l'importance de conserver les documents relatifs à l'histoire des Acadiens qui permettent de reconstituer l'expérience du passé. Il donne des conférences sur des thèmes historiques et contribue des articles de fond sur divers sujets aux journaux et aux revues. Dans les années 1870, il entame une collaboration au premier journal français des Maritimes, le Moniteur acadien, qui va durer vingt ans. Il collabore aussi à L'Évangéline dès ses débuts en 1887 et rédige même des éditoriaux sous le couvert de l'anonymat dans les années 1890. C'est en 1892, au retour d'un voyage en Europe où il rencontre l'historien français Rameau de Saint-Père, que le père Bourgeois publie le premier de la dizaine de livres et de brochures qu'il produit avant 1913. Parmi ses principaux écrits se trouve un manuel d'histoire du Canada qui fait une bonne place à l'histoire des Maritimes: L'Histoire du Canada en 200 leçons, publié en 1903 et réédité au moins quatre fois, en 1907, 1909, 1913 et 1925. Il prépare aussi un manuel d'histoire bilingue, destiné aux écoles élémentaires publiques du Nouveau-Brunswick Histoire Élémentaire du Canada / Elementary History of Canada qui n'est publié qu'après son décès. Le père Bourgeois contribue aussi à la production de livres de lecture en français pour les écoles élémentaires acadiennes au début du 20 siècle.

Le père Bourgeois place ses talents d'orateur et d'écrivain au service du réveil nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Il compte parmi les délégués acadiens qui assistent au grand ralliement des Canadiens français organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. Lors de la première convention nationale des Acadiens à Memramcook en 1881, le père Bourgeois fait deux interventions sur la question du choix de la fête nationale. Il plaide alors le cas de la Saint-Jean-Baptiste comme symbole de l'alliance bénéfique entre Canadiens français et Acadiens, et rassure ceux qui craignent la fusion des identités nationales. En tant que président de la commission sur l'éducation à cette première grande réunion, le père Bourgeois présente également un rapport qui insiste sur la nécessité de revoir les méthodes et le contenu de l'enseignement, afin de mieux préparer les jeunes dans tous les domaines, y compris le commerce et l'industrie.

Sources: Ronnie LeBlanc, "Philias Bourgeois, Historien Acadien" , La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 5, no 2 (janvier-février-mars 1974), p. 55-67; Mère Saint-Marc Bédard, "Le Rév. Père Philias F. Bourgeois", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 1, no 10 (janvier 1966), p. 5-22; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).


CORMIER, François-Xavier (1846-1906)

Prêtre catholique doué pour les affaires, François-Xavier Cormier est né le 27 février 1846 à l'Anse-des-Cormier, Nouveau-Brunswick. Il est le neuvième des 11 enfants de Bénoni Cormier, fermier, et de Marguerite Cormier. F.-X. Cormier est décédé le 4 août 1906 à Haute-Aboujagane, Nouveau-Brunswick.

François-Xavier Cormier connaît des débuts modestes dans une famille de paysans pauvres. Son instruction formelle débute en 1854, lorsque le séminaire Saint-Thomas ouvre ses portes à Memramcook. C'est grâce au fondateur du séminaire, le curé François-Xavier-Stanislas Lafrance qui en assume les frais, que Cormier poursuit ses études de 1859 à 1864 au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dans le Bas-Canada. De retour à Memramcook, Cormier s'inscrit au nouveau collège Saint-Joseph, puis en 1867, il entre au séminaire de Saint-Sulpice à Montréal afin de se préparer pour la prêtrise. Il est ordonné prêtre en 1870, à Saint-Jean (N.-B.). Le père Cormier dessert des missions et exerce les fonctions de curé dans plusieurs localités du Nouveau-Brunswick entre 1870 et 1906. Au cours de sa vie, il consacre des énergies considérables à la construction d'églises, au développement du collège Saint-Joseph et à la promotion de l'éducation chez les Acadiens. À la fin des années 1870 et au début des années 1880, Cormier se distingue également dans le domaine des affaires, en ouvrant un magasin à Richibouctou-Village, où il est curé, pour faire concurrence aux commerçants anglais de l'endroit.

Le père Cormier est membre de l'élite acadienne instruite qui participe à l'essor du mouvement nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Délégué au congrès des Canadiens français organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en juin 1880, Cormier propose la convocation d'une première grande réunion des Acadiens à Memramcook. Dans son discours lors de la première convention nationale en 1881, Cormier insiste sur la nécessité d'une fête nationale distincte pour les Acadiens, afin de conserver une identité distincte.

Sources: Jean-Roch Cyr, "Cormier, François-Xavier" dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. XIII (Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1994) p. 235-236; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).


DOUCET, Joseph R. (1843-1909)

Prêtre catholique, Joseph R. Doucet est né à Bathurst, Nouveau-Brunswick, en 1843. Il est le fils de Romain Doucet, fermier, et de sa femme Marie. Il est décédé en 1909.

Doucet fait ses études classiques au St. Michael's College de Chatham, et reçoit sa formation théologique au Grand Séminaire de Montréal. Suite à son ordination en 1874, Doucet est nommé curé de la paroisse de Grande-Anse.

L'abbé Doucet prête son appui au mouvement nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Il participe aux travaux de la commission sur l'agriculture lors de la première convention nationale à Memramcook en 1881. Dans son allocution prononcée à la troisième convention nationale en 1890, il insiste sur la relation entre la religion et le développement national.


Sources: Jean Bernard Goguen, "Le clergé acadien du Nouveau-Brunswick (1850-1930), La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 15, no 1 (mars 1984), p. 4-20; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

DOUCET, Stanislas-J. (1847-1925)

Prêtre catholique, Stanislas-Joseph Doucet est né à Bathurst le 8 juillet 1847. Il est l'un des quatre enfants de François-Xavier Doucet, fermier, et de Rachel Boudrot. Il est décédé le 1er décembre 1925 à Grande-Anse (N.-B.).

Après des études primaires à l'école publique de Bathurst-Ouest, Doucet reçoit une formation classique au St. Michael's College de Chatham, suivie des études théologiques au Grand Séminaire de Montréal. Ordonné prêtre en 1870, il fait du ministère à Tracadie (1870-71), à Shippagan (1871-72), à Saint-Charles (1872-75), à Pokemouche (1877-87), et à Shippagan (1888-1898). En 1898, il devient curé de la paroisse de Grande-Anse, où il passe le reste de sa vie. En plus de s'adonner à ses fonctions religieuses et à l'écriture, l'abbé Doucet manifeste un vif intérêt pour l'astronomie, l'électricité et la pratique de la médecine, particulièrement l'homéopathie.

Le père Doucet est un ardent promoteur du développement du peuple acadien. Il encourage la fondation du journal le Courrier des Provinces Maritimes à Bathurst en 1885, prête son appui aux Pères Eudistes qui établissent en 1899 un collège à Caraquet, et se joint à la campagne en faveur de la nomination d'un évêque acadien au tournant du siècle. Il participe également aux grands ralliements nationaux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Doucet fait une longue intervention à la première convention nationale en 1881 sur la question du choix de la fête nationale. Il plaide le cas d'une fête nationale distincte pour les Acadiens, en soulignant la nécessité de conserver l'identité unique du peuple acadien. Doucet participe également aux travaux de la convention de Miscouche en 1884 et siège à la commission du drapeau national. Il n'assiste pas à la troisième convention nationale à Pointe-de-l'Église, en 1890, puisque son évêque, peu enthousiasmé par de telles manifestations acadiennes, lui refuse la permission de s'absenter de sa paroisse. Le père Doucet participe, toutefois, aux conventions acadiennes de 1905, de 1908 et de 1921.


Sources: Éloi DeGrâce, Mgr Stanislas-J. Doucet, p.d., 1847-1925 (Shippagan [L'Auteur], 1977); Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

GIROUARD, Gilbert-Anselme (1846-1885)

Instituteur, commerçant et homme politique, Gilbert-Anselme Girouard est né le 26 octobre 1846 à Sainte-Marie-de-Kent, Nouveau-Brunswick. Il est le fils d'Anselme Girouard, un fermier analphabète et relativement prospère, et de Suzanne Jaillet. Gilbert épouse Sophie Baker du Madawaska le 8 mai 1872; le couple aura six enfants. Il est décédé le 13 janvier 1885, à Bouctouche (N.-B.).

Après avoir fréquenté l'école élémentaire de son village natal, Gilbert-Anselme Girouard poursuit ses études au collège Saint-Joseph de Memramcook. Durant son séjour de cinq ans au collège, Girouard compte parmi ses confrères Pierre-Amand Landry et le future père Philias-F. Bourgeois. D'abord instituteur, il s'installe à Bouctouche et se lance dans le commerce dès le début des années 1870. Même s'il obtient des contrats du gouvernement pour fournir des traverses pour la construction des voies ferrées de la région, Girouard ne fait pas fortune en affaires. Il se fait élire au niveau local comme conseiller du comté de Kent.

Girouard se taille également une carrière politique au niveau fédéral. Il se présente aux élections de 1878 comme candidat du parti conservateur pour le comté de Kent. Élu en 1878, le jeune député est réélu en 1882. Il remet toutefois sa démission en 1883, probablement pour des raisons de santé et aussi pour faire une place à son concitoyen Pierre-Amand Landry. Disciple fidèle de John A. Macdonald, Girouard s'occupe des intérêts économiques de son comté à la Chambre des communes. À ce chapitre, il fait la promotion du chemin de fer de Bouctouche, qui reçoit des subventions du gouvernement dès 1883.

Girouard est un intervenant de première heure dans le mouvement nationaliste acadien du 19e siècle. Il participe au congrès organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880 et y préside la "Commission des Acadiens" qui convoque une première convention nationale acadienne à Memramcook en juillet 1881. Girouard joue un rôle important dans l'organisation des deux premières conventions nationales. En tant que secrétaire des congrès de 1881 et 1884, il travaille de près avec le président du comité exécutif, Pierre-Amand Landry. Le discours prononcé par Girouard en 1881 évoque un thème qui lui est cher, soit l'importance de l'éducation pour l'avancement des Acadiens. La maladie empêche toutefois Girouard de participer à la convention nationale de 1884. Il se voit obligé de se retirer de la vie publique à l'été de 1884, et il meurt des suites d'une maladie pulmonaire l'année suivante, à l'âge de 38 ans.


Sources: Clément Cormier, "Gilbert A. Girouard (1846-1885). Un brillant début de carrière...", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 12, n 3 (septembre 1981), p. 94-109; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

GIRROIR, Hubert (1825-1884)

Prêtre catholique, Hubert Girroir (s'écrit aussi Giroir, Girouard) est né à Tracadie, Nouvelle-Écosse, le 18 juillet 1825. Il est le fils de Joseph Girroir, capitaine, et d'Angélique LeBlanc. Il est décédé le 25 janvier 1884 à Havre-Boucher, Nouvelle-Écosse.

Girroir entame ses études supérieures à l'âge de 16 ans, au St. Mary's College de Halifax, mais n'y reste qu'un an. De retour dans son village natal, il suit pendant un an des cours privés donné par le curé de la paroisse. Délaissant ses études pour une période de sept ans, peut-être pour des raisons financières, le jeune Girroir travaille comme forgeron et constructeur de bateaux. En 1850, il reprend ses études au Grand Séminaire de Québec. Ordonné prêtre à Québec en 1853, Girroir passe six mois à Lévis (Québec) comme vicaire.

Sa carrière de curé est marquée de conflits l'opposant à la hiérarchie religieuse de la région, en raison de sa promotion acharnée de l'enseignement en français. De retour à Arichat, Nouvelle-Écosse, en août 1853, il est nommé vicaire, puis recteur, à la cathédrale et enseigne la doctrine chrétienne et le français au nouveau collège de l'endroit. Il se charge du recrutement des communautés religieuses prêtes à collaborer comme enseignantes et enseignants à Arichat, paroisse majoritairement acadienne. En 1863, il s'y voit remplacé par un prêtre anglophone. Girroir est nommé curé d'Acadieville, une nouvelle petite paroisse avoisinante, qui n'a pas encore d'église. Girroir critique la loi scolaire de 1864 qui limite l'enseignement du français et le rôle des religieux enseignants dans les écoles de la province, une prise de position qui lui attire les foudres de la hiérarchie religieuse. Ce n'est probablement pas un hasard qu'en 1867 il se voit contraint de s'exiler à Chéticamp, dans le nord du Cap-Breton. Une fois de plus ses opinions lui valent un déplacement : cette fois-ci, elles mènent à sa nomination en 1872 à la cure de la paroisse Havre-Boucher, proche de son village natal de Tracadie. C'est comme curé de Havre-Boucher que le père Girroir finit sa vie.

L'abbé Girroir se fait le promoteur courageux du réveil nationaliste des Acadiens en Nouvelle-Écosse. Tout au long de sa vie, il lutte pour améliorer l'accès à l'enseignement en français, qu'il privilégie comme moyen de conscientisation et d'avancement du peuple. Girroir participe aux travaux de la commission de l'éducation lors de la première convention nationale à Memramcook en 1881 et prononce un discours où il affirme la nécessité de soutenir les écoles de langue française. À ce même ralliement, le père Girroir prend brièvement la parole pour signaler le choix de la fête nationale de l'Assomption comme la fête qui convient à un peuple distinct, muni d'une histoire et de traditions qui lui sont propre.


Sources: Ephrem Boudreau, "L'Abbé Hubert Girroir, 1825-1884", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 6, no 2 (juin 1975), p. 69-81; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

JOHNSON, Urbain (1824-1917)

Fermier, juge de paix, officier de milice et homme politique, Urbain Johnson est né le 27 janvier 1824 à Saint-Louis-de-Kent, Nouveau-Brunswick. Il est le fils de Simon Johnson, fermier d'ascendance écossaise, et de Geneviève Vautour. En 1854, Urbain épouse Nathalie LeBlanc; ils auront quatre enfants. Urbain Johnson est décédé en avril 1917, à l'âge de 93 ans.

L'instruction formelle d'Urbain Johnson se limite à peu de choses : un séjour de six mois à l'école élémentaire de son village, d'après ses dires. Fermier comme son père, il est vice-président de la Société centrale acadienne de colonisation fondée en 1881. Johnson joue aussi un rôle actif dans l'administration locale : il se voit nommé juge de paix et officier de milice, et se fait élire comme conseiller du comté de Kent.

Johnson poursuit également une carrière en politique provinciale. Il est élu député pour le comté de Kent à l'Assemblée législative lors d'une élection complémentaire en 1869, et y siège jusqu'en 1882. Il représente de nouveau le comté de Kent au niveau provincial entre 1895 et 1908. Les mandats de Johnson couvrent une période mouvementée dans la vie politique de la province. Johnson figure parmi la minorité de députés qui votent contre la loi scolaire controversée de 1871, qui retire l'aide financière des écoles confessionnelles du Nouveau-Brunswick. Dans les années 1870 il se joint à d'autres députés et hommes d'affaires acadiens (notamment O.J. LeBlanc) et anglophones pour fonder une compagnie vouée à la promotion du chemin de fer de Kent. Johnson se retire de la politique en 1908.

Le mouvement nationaliste acadien de la fin du 19e siècle attire également Johnson. Il assiste au congrès organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880 et fait partie du comité exécutif de la première et de la deuxième convention nationale des Acadiens. Dans une intervention courte, mais passionnée, lors du premier grand ralliement en 1881, Johnson plaide en faveur de la fête de l'Assomption et de l'élaboration des symboles nationaux distincts pour les Acadiens.



Sources: Canadian Parliamentary Guide, 1908, sous la direction de Ernest J. Chambers (Ottawa, Mortimer, 1908), p. 354-355; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

LANDRY, Pierre-Amand (1846-1916)

Avocat, juge et homme politique, Pierre-Amand Landry est né le 1er mai 1846 à Memramcook, Nouveau-Brunswick. Il est le fils d'Amand Landry, fermier relativement prospère et premier Acadien à siéger à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, et de Pélagie Caissie. Le 17 septembre 1872, Pierre-Amand épouse Bridgett Annie Aloysius McCarthy, fille d'un commerçant d'ascendance irlandaise de Fredericton; le couple aura sept enfants. Pierre-Amand Landry est décédé le 28 juillet 1916, à Dorchester, N.-B.

Pierre-Amand Landry fait son cours primaire à l'école paroissiale de Memramcook-Ouest. Selon les voeux de son père, ardent promoteur du bilinguisme et du respect mutuel entre Canadiens de langue anglais et Canadiens de langue française, Pierre-Amand s'inscrit à 13 ans dans une école secondaire de langue anglaise à Fredericton. Après trois années d'études dans la capitale, le jeune Landry se fait brièvement instituteur, d'abord à Memramcook, puis au village des Trois-Ruisseaux, près de Cap-Pelé. En 1864, il se joint au premier contingent d'étudiants qui reçoit une formation classique au nouveau collège Saint-Joseph, à Memramcook. Au printemps de 1867, il quitte le collège Saint-Joseph pour effectuer son stage auprès de l'avocat et politicien Albert J. Smith.

Pierre-Amand Landry devient avocat en 1870 et se démarque en 1871 comme le premier Acadien à être admis au barreau. Il établit sa pratique privée à Dorchester, dans la vallée de Memramcook. Landry fait partie de l'équipe d'avocats qui assure la représentation des Acadiens accusés de meurtre suite aux troubles de Caraquet de 1875. Il s'implique aussi dans l'administration locale, lorsqu'il est élu membre du premier conseil du comté de Dorchester, formé en 1877. C'est Pierre-Amand Landry qui est le premier juge acadien à siéger dans les provinces Maritimes, lorsqu'il est nommé juge de Cour de comté en 1890. En 1893, Landry devient également le premier Acadien, et le premier catholique, à être nommé juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. En 1913, dans la foulée des modifications à la constitution de la Cour suprême de la province, Landry se voit aussi nommé président du tribunal du Banc de Roi.

Pierre-Amand mène également une carrière politique. Il prend la relève de son père Amand comme député provincial pour le comté de Westmorland en 1870. Défait en 1874, il est élu de nouveau dans le même comté en 1878, et siège à l'Assemblée législative jusqu'en 1883. Durant son deuxième mandat, Landry se distingue comme le premier Acadien à être nommé ministre au N.-B. Il occupe les fonctions de commissaire des Travaux publics (1878-82) et de secrétaire provincial (1882-83). Adepte du compromis, il se fait aussi le défenseur des droits des Acadiens, s'opposant farouchement à la loi scolaire de 1871 qui met fin à l'aide financière aux écoles confessionnelles dans la province. À la recherche d'horizons nouveaux, Landry se lance sur la scène fédérale : de 1883 à 1890, il représente le comté de Kent comme député conservateur à la Chambre des communes. Durant ses mandats politiques, cet homme ambitieux se fait souvent entendre et se fait la promoteur de l'idéal de la dualité nationale.

Pierre-Amand Landry est l'un des chefs de file les plus influents de la Renaissance acadienne de la fin du 19e siècle. Il suit de près le mouvement nationaliste au Québec, et participe aux congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste de 1874 et de 1880 qui contribuent à déclencher le mouvement des congrès acadiens. Il joue un rôle de premier plan dans l'organisation et le déroulement des trois premières conventions nationales des Acadiens. C'est Landry qui préside les grands ralliements nationalistes de 1881, 1884 et 1890. Dans son discours d'ouverture à la première convention nationale à Memramcook, Landry insiste sur le lien entre l'éducation et la situation défavorisée des Acadiens. Il intervient aussi en 1881 sur la question du choix de la fête nationale, optant pour la Saint-Jean-Baptiste afin de resserrer les liens avec les Canadiens français et ainsi unir les forces des francophones dans la Confédération. Mais d'autres voix, notamment celle de l'abbé Marcel-François Richard, s'élèvent pour revendiquer une fête nationale distincte pour les Acadiens, peuple distinct. Landry se voit ainsi obligé, en tant que président de la réunion, d'intervenir à la clôture d'un débat houleux pour rallier les participants autour du voeu de la majorité. Landry prend une fois de plus la parole en 1881, cette fois-ci pour livrer un discours en anglais visant à accueillir et rassurer les participants d'ascendance irlandaise et anglaise. Dans son discours d'ouverture à la troisième convention nationale à Pointe-de-l'Église en 1890, Landry reprend le thème de l'éducation et affirme la nécessité de veiller au maintien et à la création des écoles où la langue française est enseignée.

Landry figure comme l'un des plus ardents défenseurs des droits des Acadiens et cherche à promouvoir leur accès aux sphères de pouvoir. Il contribue à faire nommer un premier sénateur acadien en 1885, Pascal Poirier. Au tournant du siècle, en collaboration avec Poirier et l'abbé Marcel-François Richard, il poursuit une lutte acharnée pour l'obtention d'un évêque acadien auprès de la hiérarchie catholique des provinces Maritimes et du Vatican. C'est en 1912 que Rome nomme Mgr Édouard LeBlanc au siège épiscopal de Saint-Jean (N.-B.). Les contributions de Pierre-Amand Landry à l'essor politique et culturel des Acadiens ne seront pas passées sous silence par les générations qui suivent.



Sources: Della M. M. Stanley, Pierre-Amand Landry: Au service de deux peuples (Moncton, Éditions d'Acadie, 1977); Sheila Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, "Notes biographiques", p. 28; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

LANDRY, Valentin (1844-1919)

Instituteur, inspecteur d'écoles et journaliste, Valentin Landry est né le 14 février 1844, à Pokemouche, Nouveau-Brunswick. Il est le fils d'Auguste Landry, fermier et commerçant, et d'Olive Robichaud. Le 31 octobre 1870, à Weymouth en Nouvelle-Écosse, il épouse Lavinia Beckwith, institutrice et fille de député provincial néo-écossais. En 1913, Landry épouse en secondes noces Mary U. Beckwith, nièce de sa première femme. Il est mort à Moncton le 17 mai 1919.

Landry commence ses études élémentaires à l'école de son village natal, et les termine à Shédiac, où il déménage avec sa famille à l'âge de 12 ans. Il poursuit ses études à l'École supérieure de Westmorland à Moncton, et à 17 ans en sort avec un brevet du cours commercial. Le jeune homme présente un cheminement professionnel varié dans les années 1860 et au début des années 1870. Suite à une brève expérience d'enseignement dans une école à classe unique, le jeune Valentin part en compagnie de son père et de son frère pour un voyage en mer de quatre mois au printemps de 1862. De retour au Nouveau-Brunswick à l'automne de la même année, il constate que les possibilités d'emploi sont peu reluisantes et il décide de se perfectionner en vue d'une carrière dans l'enseignement. À cette fin, il s'inscrit au nouveau collège Saint-Joseph de Memramcook, en septembre 1865. Deux stages d'enseignement en Nouvelle-Écosse en 1866 et 1867 sont suivis d'un séjour à l'École normale de Truro (N.-E.), où Landry se mérite un brevet d'enseignement de première classe en 1870. Il demeure en Nouvelle-Écosse où il enseigne pendant quelques années dans des écoles unilingues anglaises, puis s'essaie brièvement aux études en médecine, et finalement songe à se présenter lors des élections provinciales.

Landry amorce une nouvelle phase professionnelle lorsqu'il revient au Nouveau-Brunswick en 1875 pour occuper le poste de professeur de français à l'École normale de Fredericton. Landry y fait ses preuves en tant qu'éducateur. En 1879, il est le premier Acadien à être nommé au poste d'inspecteur d'écoles dans la province, pour les comtés de Gloucester, de Kent et une partie de Westmorland. Pendant près de dix ans, Landry travaille auprès des parents et enseignants pour encourager l'établissement des écoles et l'amélioration de l'éducation dans les régions acadiennes. Il se voit cependant obligé de démissionner de ce poste en 1887, peut-être en raison de sa promotion de l'enseignement en français ou encore pour des causes de favoritisme politique.

La perte de son poste d'inspecteur d'écoles ouvre la voie à une nouvelle carrière pour Landry, qui se distingue comme l'un des journalistes acadiens les plus importants du tournant du siècle. Il a amorcé ce virage vers le journalisme en 1885, lorsqu'il a été l'un des fondateurs et le gérant du journal Le Courrier des Provinces Maritimes de Bathurst. En 1887, Landry quitte le Nouveau-Brunswick, et s'installe à nouveau en Nouvelle-Écosse, cette fois-ci à Digby. Landry y fonde la même année le journal hebdomadaire L'Évangéline, dont la devise est: Religion, Langue, Patrie. Rédacteur et unique propriétaire du journal, Landry y consacre toutes ses énergies et en fait un outil précieux de communication des Acadiens des Maritimes. En 1889, Landry déménage le journal et l'atelier à Weymouth, afin de se rapprocher de la population francophone de la baie Sainte-Marie. Il quitte finalement cette ville en 1905 et s'installe à Moncton, une ville où la population acadienne est en croissance. Entre 1889 et 1904, Landry met sur pied et dirige aussi, avec sa femme, un journal de langue anglaise, le Free Press.

En tant que propriétaire et rédacteur d'un journal de langue française, Valentin Landry est l'un des plus importants chefs de file de la Renaissance acadienne. Il participe au congrès organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880, qui lance le mouvement des conventions acadiennes. Dans le discours qu'il livre lors de la troisième convention nationale des Acadiens à Pointe-de-l'Église en 1890, Landry insiste sur le rôle important de la presse dans l'éducation d'un peuple minoritaire. À ce titre, Landry utilise son journal pour mener des combats en vue de l'avancement des Acadiens. Il soutient les efforts des pères Eudistes pour établir le collège Sainte-Anne à Pointe-de-l'Église dans les années 1890. Il fait aussi des pressions au tournant du siècle pour la nomination d'un premier sénateur acadien néo-écossais. Ses efforts portent frui en 1907, avec la nomination d'Ambroise H. Comeau au Sénat. Landry figure également parmi les chefs acadiens, les Pascal Poirier, Pierre-Amand Landry et Marcel-François Richard, qui font campagne pour la nomination d'un premier évêque acadien. Ses critiques de la hiérarchie religieuse irlandaise des Maritimes lui attirent les foudres des journaux de langue anglaise et même du Moniteur Acadien, de même qu'une réprimande de Rome en 1909. Lorsque la Société l'Assomption cède aux pressions de la hiérarchie catholique pour retirer son appui à l'Évangéline, Landry décide d'abandonner la direction du journal. S'il continue d'écrire après 1910, faisant paraître à l'occasion des articles dans des revues, Landry finit ses jours à Moncton un peu en retrait de la vie active qu'il a si longtemps menée.


Sources: Alphonse-J. Deveau, Valentin Landry (1844-1919): à la barre de l'Évangéline / At the Helm of l'Évangéline (Moncton, Éditions d'Acadie, 1992); Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

LEBLANC, Olivier-J. (1830-1919)

Fermier, commerçant et homme politique, Olivier-J. LeBlanc est né le 27 novembre 1830 à Memramcook, Nouveau-Brunswick. Il est le fils de Joseph J. LeBlanc, fermier, et de Victoire Girouard. Olivier-J. LeBlanc épouse Olive Cormier le 17 novembre 1851; suite au décès de sa première femme, il épouse Suzanne Allain, le 17 novembre 1879. Il est mort en 1919.

Sa scolarité se limite à un séjour à l'école de son village. Fermier relativement prospère, il s'engage dans le commerce lorsqu'il s'établit à Sainte-Marie-de-Kent. LeBlanc appuie le mouvement de colonisation au N.-B., et occupe le poste de trésorier à la Société centrale acadienne de colonisation fondée en 1881. Il a également des ambitions politiques. LeBlanc se présente à plusieurs reprises aux élections fédérales et provinciales à partir des années 1870. En 1882, il est élu député libéral pour le comté de Kent à l'assemblée provinciale. Il y siège jusqu`en 1891, et sera ministre sans portefeuille de 1889 à 1891. Il se fait élire ensuite comme candidat libéral fédéral en 1900. Entre 1900 et 1911, LeBlanc représente le comté de Kent au parlement fédéral.

LeBlanc s'implique aussi dans l'essor du mouvement nationaliste de la fin du 19e siècle. Il assiste au Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. Membre du comité exécutif de la seconde convention nationale en 1884, LeBlanc prononce un court discours lors de la troisième convention nationale en 1890 pour appuyer l'enseignement en français.


Sources: Canadian Parliamentary Companion, 1891, sous la direction de J.A. Gemmill (Ottawa, J. Durie, 1891); Canadian Parliamentary Guide, 1910, sous la direction de Ernest J. Chambers (Ottawa, Mortimer, 1910), p. 138; La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, p. 30; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

LEFEBVRE, Camille (1831-1895)

Instituteur, père de Sainte-Croix, vicaire général et administrateur scolaire, le père Camille Lefebvre est né le 14 février 1831 à Saint-Philippe-de-Laprairie, Bas-Canada. Unique enfant de Louis Lefebvre, ouvrier, et de sa troisième femme, Véronique Bouthillier, Camille prend sa place dans une grande famille comprenant douze autres enfants de son père, et deux enfants nés d'un mariage précédent de sa mère. Le père Lefebvre est décédé le 28 janvier 1895 à Memramcook, Nouveau-Brunswick.

L'enfance et l'adolescence de Camille Lefebvre sont marqués par les contraintes économiques et sociales propres à une famille nombreuse vivant de la terre. C'est sa mère qui lui apprend à lire. Son instruction formelle commence à dix ans, dans une école locale, suivie de deux ans dans un petit collège de son village natal. Faute de moyens, et face à l'absence d'autres possibilités de s'instruire dans la région, Lefebvre devient lui-même instituteur à 17 ans. Il exerce pendant quelques années le métier de maître d'école itinérant, se faisant connaître aussi auprès des villageois comme conteur et lecteur de prières.

En août 1852, à l'âge de 21 ans, Lefebvre entre à la Congrégation de Sainte-Croix, à Saint-Laurent, près de Montréal, afin de poursuivre ses études. Ordonné prêtre en 1855, il passe presque six ans comme vicaire de paroisses rurales, d'abord à Saint-Eustache, puis à Laval. Son implication dans l'enseignement et l'administration scolaire débute en 1861, lorsqu'il est nommé catéchiste du collège de la Congrégation de Sainte-Croix à Saint-Laurent, puis administrateur au collège commercial de la congrégation à Saint-Aimé (Massueville) dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, poste qu'il occupe tout en exerçant son ministère à la paroisse locale.

C'est en mai 1864 que Camille Lefebvre quitte le Québec en direction du Nouveau-Brunswick, afin de répondre à l'appel de Mgr John Sweeney, évêque de Saint-Jean (N.-B), en faveur du développement des études supérieures pour les catholiques de la province. Camille Lefebvre est alors chargé de la mission qu'il poursuivra jusqu'à la fin de sa vie : la fondation et le développement d'une institution d'enseignement postsecondaire à Memramcook, pour desservir les catholiques acadiens et ceux d'ascendance irlandaise et écossaise.

Premier établissement où les Acadiens peuvent faire des études postsecondaires en français, le collège Saint-Joseph est inauguré à Memramcook en octobre1864. Il constitue rapidement une pièce maîtresse dans l'infrastructure culturelle de la Renaissance acadienne. Ce collège, dirrigé par les Pères de Sainte-Croix, devient un lieu privilégié de production des élites professionnelles et intellectuelles acadiennes à la fin du 19e siècle et au début du siècle suivant. À la différence du séminaire Saint-Thomas, fondé et dirigé par le père F.-X. Lafrance de 1854 à 1862, le collège Saint-Joseph offre un cours classique en français et un cours commercial, tant en anglais qu'en français. Directeur du collège Saint-Joseph durant 31 ans, soit jusqu'à sa mort, Camille Lefebvre joue un rôle de premier plan dans la préparation d'une élite acadienne instruite. Malgré les difficultés financières de l'institution, qui cesse de bénéficier des subventions gouvernementales après l'adoption du Common Schools Act en 1871, Lefebvre a su gagner l'appui des évêques de la région, qui sont tous d'ascendance irlandaise ou écossaise avant 1912.

Le père Lefebvre manifeste une volonté d'améliorer la situation des Acadiens qui est fort appréciée par ses étudiants et ses collègues. Cependant, sa vision nationaliste n'est pas entièrement embrassée par la majorité des chefs de file acadiens. Le père Lefebvre privilégie la solidarité des Canadiens d'ascendance française et est convaincu que l'avenir des Acadiens passe par le développement des liens avec leur compatriotes du Québec, le foyer majoritaire des francophones du pays. Dans un discours prononcé lors de la première convention nationale en 1881, Lefebvre insiste sur l'unité des symboles nationaux et plaide en faveur du choix de la Saint-Jean-Baptiste comme fête nationale des Acadiens. Il est très déçu par le rejet des symboles québécois lors des conventions nationales des Acadiens de 1881, 1884 et 1890.

En février 1895, huit jours après le décès de Lefebvre, son ancien étudiant, le sénateur Pascal Poirier, lui rend hommage dans une lettre à l'historien français, Rameau de Saint-Père: "Nous venons de faire une perte nationale et toute l'Acadie est dans un grand deuil [...] Cet homme plus que tout autre a été notre bienfaiteur. Il est le Moïse qui nous a délivrés du servage de l'ignorance."


Sources: Naomi E.S. Griffiths, "Lefebvre, Camille" dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. XII (Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1990) p. 593-597; Maurice Chamard et al., Le Père Camille Lefebvre, c.s.c. (Montréal, Fides, 1988); Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

OUELLET, Louis-Joseph (1840-1924)

Prêtre catholique, Louis-Joseph Ouellet est né en 1840 à Frenchville, Maine, de parents inconnus. Il est décédé en 1924.

Ouellet fait ses études au collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au Québec. Ordonné en 1868, il est curé de la paroisse Sainte-Marie de Bouctouche (N.-B.) de 1870 à 1881. Comme d'autres curés de son époque, il s'implique dans la société agricole de sa région.

Ouellet s'intéresse à l'avancement du peuple acadien et collabore au mouvement nationaliste de la fin du 19e siècle. Il compte parmi les Acadiens qui assistent au congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. À la convention nationale des Acadiens de 1881, il est président-rapporteur de la commission de l'émigration et de la colonisation et on le nomme président d'une nouvelle société acadienne de colonisation. La colonisation est une préoccupation majeure du père Ouellet. Dans le rapport qu'il présente à ce premier grand ralliement, Ouellet souligne les effets néfastes de l'émigration pour l'avenir des Acadiens et lance un appel aux groupes d'entreprendre le défrichement de terres neuves dans la province.


Sources: Jean Bernard Goguen, "Le clergé acadien du Nouveau-Brunswick (1850-1930), La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 15, no 1 (mars 1984), p. 4-20; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

POIRIER, Pascal (1852-1933)

Avocat, fonctionnaire, écrivain et sénateur, Pascal Poirier est né le 15 février 1852 à Shédiac, Nouveau-Brunswick. Il est le douzième et dernier enfant de Simon Poirier, fermier, et de sa femme Ozithe. En 1879, Pascal épouse Anna Lusignan, décédé en 1913. En 1915, il épouse en secondes noces à Mathilde Casgrain. Pascal Poirier est décédé le 25 septembre 1933.

Poirier fait ses études classiques au collège Saint-Joseph de Memramcook, où il se distingue par son intelligence, ses talents variés et sa forte personnalité. Le jeune Poirier est grandement influencé par le fondateur et directeur du collège, le père Camille Lefebvre. C'est le père Lefebvre qui le recommande au premier ministre John A. Macdonald et au député du comté de Westmorland, Albert J. Smith, lorsque ces derniers cherchent à nommer un Acadien à un poste dans la fonction publique fédérale. Âgé de vingt ans seulement et encore aux études, le jeune Poirier est désigné maître de Poste à la Chambre des Communes en 1872.

Le poste de haut fonctionnaire ne met pas fin à son désir de se perfectionner ou à ses aspirations professionnelles. À Ottawa, il consacre une partie de ses loisirs aux recherches historiques et linguistiques. Il se fait aussi connaître comme écrivain, collaborant à diverses revues et journaux et publiant des ouvrages dont L'Origine des Acadiens (1874). Il continuera d'écrire jusqu'à la fin de sa vie, et publie d'autres ouvrages, dont notamment Le Père Lefebvre et l'Acadie (1898) et Le Parler franco-acadien et ses origines (1928). Il participe aux activités littéraires de l'Institut canadien-français d'Ottawa et en 1899, est élu membre de la Société Royale du Canada. Poirier entreprend également des études de droit et devient membre du barreau du Québec et de celui du Nouveau-Brunswick. Il s'intéresse vivement au sort des Acadiens, et en 1876, fait une tournée des régions acadiennes du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse. Poirier est nommé sénateur par le premier ministre Macdonald, alors qu'il est au début de la trentaine, grâce à sa réputation et aux efforts de son compatriote Pierre-Amand Landry. Il occupera ce poste prestigieux jusqu'à la fin de ses jours.

Poirier figure parmi les personnages les plus marquants de la Renaissance acadienne. Il est un organisateur et un intervenant de premier plan lors des grands ralliements des Acadiens de la fin du 19e siècle. L'un des dirigeants de la délégation acadienne aux congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste tenus au Québec en 1874 et en 1880, Poirier est membre du comité exécutif des deux premières conventions nationales en 1881 et en 1884. Il occupe le poste important de secrétaire lors de la troisième convention en 1890. Rapporteur de la Commission sur le choix d'une fête nationale en 1881, Poirier prend lui-même la parole pour expliquer sa préférence pour une fête nationale distincte pour les Acadiens. Il intervient à nouveau après le vote sur la question afin de rassurer les participants que le choix de la fête de l'Assomption ne nuira pas aux bonnes relations entre les Canadiens français et les Acadiens. Poirier continue de se faire la porte-parole des Acadiens à l'extérieur des provinces Maritimes. Peu avant la deuxième convention nationale tenue à Miscouche en 1884, Poirier prononce un discours au congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste à Montréal, où il fait état de la situation et des aspirations des Acadiens de la Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick. Poirier occupe également le poste de président, puis celui du secrétaire-général de la Société nationale l'Assomption au début du 20e siècle. En 1907, dans une allocution prononcée à Pointe-de-l'Église (N.-E.), Poirier livre un bilan de la situation des Acadiens, où il met l'accent sur les progrès réalisés sur le plan de la visibilité de ses compatriotes dans la vie publique.

Poirier se fait également l'apôtre d'une meilleure représentation des Acadiens dans les postes de pouvoir. En collaboration avec Pierre-Amand Landry et l'abbé Marcel-François Richard, Poirier mène la lutte jusqu'en 1912 pour l'obtention d'un premier évêque acadien. Les contributions de Poirier à la vie nationale de l'Acadie lui méritent la reconnaissance de ses compatriotes et même des Canadiens anglais. Il reçoit également des honneurs : il est créé Chevalier de la Légion d'honneur de la République française en 1902, puis reçoit en 1929 une médaille d'or de l'Alliance française, en reconnaissance des services rendus à la langue française.


Sources: Gérard Beaulieu, "Pascal Poirier: Notes biographiques", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 4, no 3 (octobre-novembre-décembre 1971), p. 92-93; A.L. Normandin (sous la direction de), Canadian Parliamentary Guide, 1933 (Ottawa, A.L. Normandin, 1933), p. 94; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

POIRIER, Stanislas-F. (1823-1898)

Instituteur, fermier, juge de paix et homme politique, Stanislas-François Poirier est né le 7 mai 1823 à Tignish, Île-du-Prince-Édouard. Il est le fils de Pierre Poirier et de Marie-Blanche Gaudet. Il épouse Margaret Carroll à Tignish, le 11 avril 1847; le couple aura dix enfants. Il s'éteint le 24 février 1898 à Ottawa et est inhumé dans son village natal.

Poirier amorce ses études à l'école élémentaire de son village, puis se dirrige vers le St. Andrew's College, un établissement anglophone du diocèse catholique de Charlottetown. C'est à Tignish, en 1843, que Poirier débute dans l'enseignement, une carrière qu'il poursuivra jusqu'en 1854. Il semble que dans le but de mieux s'intégrer à la société insulaire majoritaire anglophone, le jeune instituteur anglicise son nom (Stanislaus Francis Perry) dans les années 1840. En 1851, il est nommé juge de paix.

En 1854, Poirier troque l'enseignement pour une carrière politique, mais il se voit obligé de s'adonner en même temps à l'agriculture pour faire vivre sa grande famille. Poirier est le premier Acadien à siéger à la chambre d'assemblée de l'Île-du-Prince-Édouard et au parlement fédéral. Élu d'abord à l'Assemblée de l'île en 1854, il y siège presque sans interruption jusqu'en 1874. De 1873 à 1874, il occupe le poste de président de l'Assemblée. Il s'identifie surtout aux libéraux, mais il se range pour un temps du côté des conservateurs dans les années 1870 sur la question de l'aide financière aux institutions scolaires catholiques. Poirier se fait élire à la Chambre des communes en 1874, mais il est défait aux élections de 1878. Il reprend son siège de député à l'Assemblée provinciale de 1879 à 1887, puis se fait élire de nouveau au parlement fédéral en 1887. Il y siège jusqu'en 1896, puis de 1897 à 1898. Sa carrière politique est longue, mais pas particulièrement brillante. Bénéficiaire du vote des Acadiens, Poirier ne se distingue pas spécialement par ses prises de position en faveur des Canadiens de langue française. Dans le dossier des écoles du Manitoba, par exemple, il vote avec son parti contre le projet d'une loi réparatrice présenté par les Conservateurs en 1896.

Poirier participe néanmoins à l'essor du mouvement nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Il est délégué au congrès organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. Il fait partie du comité organisateur du premier grand ralliement des Acadiens à Memramcook en 1881, et y prend la parole pour lancer un appel à la tolérance dans la controverse entourant le choix de la fête nationale. Membre du comité organisateur de la convention nationale de 1884, il incite toutefois les gens de sa circonscription à bouder la grande réunion qui a lieu dans sa province natale, parce qu'il aurait voulu que Tignish soit choisi comme lieu de l'événement. Lors de son décès en 1898, la presse et ses collègues politiques se montrent plutôt réservés à l'égard de la contribution de ce premier député acadien de l'Île-du-Prince-Édouard.


Sources: Georges Arsenault, "Perry, Stanislaus Francis" dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. XII (Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1990) p.912-914; Canadian Parliamentary Companion, 1889, sous la direction de J.A.Gemmill (Ottawa, J. Durie, 1889), p. 164; Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

RICHARD, Marcel-François (1847-1915)

Prêtre catholique, Marcel-François Richard est né à Saint-Louis-de-Kent, Nouveau-Brunswick, le 9 avril 1847. Il est le dernier de dix enfants de Pierre-Luc Richard, fermier, et de Marie-Tharsile Barriault. Il est décédé le 18 juin1915, à Rogersville (N.-B.).

De l'âge de 7 à 14 ans, Richard fréquente l'école de son village natal. Il fait ensuite des études classiques pendant six ans dans une institution de langue anglaise, le St. Dunstan's College de Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard. C'est au Grand Séminaire de Montréal qu'il reçoit sa formation en théologie. Ordonné prêtre en 1870, il est d'abord curé dans sa paroisse natale (1870-86), puis dans la paroisse de Rogersville, où il finit ses jours. Richard est un curé charismatique et dynamique, qui s'implique dans la société agricole et la société de tempérance de sa paroisse.

Le père Richard figure parmi les plus importants chefs de file de la Renaissance acadienne et est couronné du titre "Père de l'Acadie nouvelle" par certains de ses contemporains. Richard consacre ses énergies à plusieurs causes nationales. Il oeuvre notamment à l'amélioration de l'éducation des Acadiens. Il s'oppose énergiquement à la loi scolaire de 1871, qui met en péril l'existence des écoles primaires catholiques. Richard se fait également connaître au début de sa carrière comme promoteur de l'enseignement supérieur. En 1874, il fonde le collège Saint-Louis, à Saint-Louis-de-Kent, afin d'offrir aux jeunes acadiens de la région une autre option pour l'enseignement supérieur en français, de préférence au collège Saint-Joseph, qui forme les chefs de file acadiens depuis 1864. L'abbé Richard s'occupe lui-même du recrutement des professeurs et se consacre au développement de l'institution. Les frais de scolarité moins élevés contribuent probablement à la popularité du nouveau collège Saint-Louis auprès des jeunes Acadiens. Toutefois, le collège dirigé par le père Richard ne fait pas long feu. L'établissement se voit obligé de fermer ses portes en 1882, à la demande de l'évêque du diocèse, l'Irlandais James Rogers. Le collège du père Richard fait ainsi les frais de la rivalité entre les catholiques d'ascendance irlandaise et les catholiques acadiens. Il semble que le collège Saint-Louis soit perçu comme une institution qui affiche trop son caractère français et qui fait concurrence au St. Michael's College de Chatham. Par ailleurs, l'initiative de Richard ne bénéficie pas non plus de l'appui du directeur du collège Saint-Joseph, le père Camille Lefrebvre, ni de certains chefs de file acadiens. Richard contribue également à la fondation d'une école pour filles à Saint-Louis-de-Kent au début des années 1870, et en confie la direction aux religieuses enseignantes de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.

La situation de l'agriculture et le mouvement de colonisation en Acadie sont également des préoccupations majeures de Richard. Comme d'autres chefs de files acadiens de son temps, il préconise l'ouverture de nouvelles régions agricoles pour enrayer l'émigration des Acadiens vers les villes des États-Unis et pour pallier au problème de la rareté des terres dans les centres acadiens plus anciens. Au début des années 1870, Richard contribue à la fondation des foyers de colonisation de Rogersville et d'Acadieville.

Le père Richard joue un rôle de premier plan dans l'organisation et le déroulement des premières conventions nationales acadiennes. Il est délégué à la grande réunion des Canadiens français tenue sous l'égide de la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. Lors de la première convention nationale, en 1881, il met ses talents d'orateur au service du projet de doter le peuple acadien d'une fête nationale distincte des Canadiens français. Dans son discours, il favorise le choix de l'Assomption plutôt que celui de la Saint-Jean-Baptiste. Richard livre également à cette grande réunion le rapport de la commission de l'agriculture, où il affirme que l'agriculture constitue le salut des Acadiens et la source de leur survie, tant dans l'avenir que dans le passé. Lors du deuxième ralliement national, en 1884, l'abbé Richard fait encore une intervention déterminante sur la question du drapeau acadien et de l'air national. Richard prépare un discours pour la troisième convention nationale, en1890, mais il doit le faire parvenir par écrit, puisque son évêque lui refuse la permission d'assister à cette manifestation nationaliste. Son intervention de 1890 reprend un thème qui lui est cher : l'importance de l'agriculture et de la colonisation dans le développement du peuple acadien.

Richard travaille aussi de près avec les chefs de file acadiens qui revendiquent depuis le tournant du siècle la nomination d'un évêque acadien. Il joue un rôle déterminant dans les relations avec le Saint-Siège sur cette question lorsqu'il se rend lui-même à Rome, en 1907 et en 1910. Lors de ce dernier voyage, il reçoit enfin la promesse de la nomination prochaine d'un évêque acadien, qui est réalisée en 1912.


Sources: Camille-Antonio Doucet, Un étoile s'est levée en Acadie (Charlesbourg-Est, Québec, Éditions du Renouveau, 1973); La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, p. 29; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).


ROBIDOUX, Ferdinand (1849-1921)

Journaliste, Ferdinand Robidoux est né le 14 juin 1849, à Saint-René de Napierville, Québec. Il épouse Marguerite Michaud du Madawaska; le couple aura douze enfants. Robidoux et décédé le 21 mai 1921.

Robidoux oeuvre toute sa vie dans le domaine du journalisme. À 19 ans, il est typographe au Courrier de Saint-Hyacinthe, au Québec. Il quitte cet emploi pour venir s'installer au Nouveau-Brunswick, où il finira ses jours. À Shédiac, Robidoux s'associe à un confrère de Saint-Hyacinthe, Norbert Lussier, propriétaire du Moniteur acadien. Premier journal de langue française dans les provinces Maritimes, le Moniteur acadien a été fondé en 1867 par Israël-D. Landry, originaire du Québec. Mais après seulement quelques mois d'existence, des difficultés financières ont poussé Landry à vendre son journal à son confrère Norbert Lussier. Le jeune Robidoux se charge de la direction du journal en collaboration avec Lussier de 1868 jusqu'en 1871, lorsque Robidoux en devient l'unique propriétaire, imprimeur et rédacteur. Il restera à la tête du journal jusqu'en 1918. Les fils de la famille Robidoux prennent la relève et continuent de diriger le journal jusqu'à sa disparition en 1926.

Robidoux fait une contribution de taille à l'essor du nationalisme acadien à la fin du 19e siècle. Son journal devient un puissant instrument de communication auprès des élites acadiennes. Fin promoteur, Robidoux répond aux besoins variés de sa clientèle au niveau local et régional. La couverture du journal ne se limite pas à l'actualité politique et culturelle, mais comprend aussi les activités sociales et religieuses des communautés acadiennes. Le Moniteur acadien reproduit des discours religieux et politiques, et fait la promotion des Acadiens qui réussissent dans les affaires et dans la vie publique. Les pages du journal accueillent également des publicités des hommes d'affaires, d'avocats et de médecins acadiens. Sur le plan politique, le Moniteur acadien adopte des positions souvent plus modérées que celles de L'Évangéline de Valentin Landry.

Ferdinand Robidoux s'implique aussi dans l'organisation et l'animation des grands ralliements acadiens de la fin du 19e siècle. Il participe à la commission des Acadiens lors du Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880. En tant que président-rapporteur de la commission sur la presse lors de la première convention nationale en 1881, Robidoux livre un rapport qui traite du rôle primordial de la presse dans la société. Il exprime par ailleurs le souhait que des journaux de langue française soit fondés en Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince Édouard, afin de contribuer au réveil national de leurs populations acadiennes. Robidoux fait également partie du comité exécutif de la deuxième convention nationale en 1884.


Sources: La Société historique acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, La Petite Souvenance, no 10 : "Un peuple à unir" (Numéro spécial à l'occasion du Centenaire du drapeau acadien), 1984, p.32; Clément Cormier, "Le centenaire du Moniteur acadien", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 2, no 6 (juillet-août-septembre 1967), p. 225-232; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

TURGEON, Onésiphore (1849 -1944)

Instituteur, commerçant, journaliste et homme politique, Onésiphore Turgeon est né à Lévis, Québec, le 6 septembre 1849. Il est le fils de Simon Turgeon et de Pélagie Paradis. Le 20 août 1876, il épouse Margaret Eulalia Baldwin, de Bathurst; ils auront cinq enfants. Sa première femme est décédé en 1896. En 1905, Turgeon épouse en secondes noces Mary Loretto Meahan de Bathurst. Il est décédé en 1944.

Turgeon fait des études au Grand Séminaire de Québec, mais ne les complète pas pour des raisons de santé. En 1871, il quitte le Québec et s'installe à Petit-Rocher, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, une région qu'il a visitée auparavant. Il s'intègre avec enthousiasme dans sa région d'adoption. En tant qu'instituteur à l'école catholique de Petit-Rocher, mise sur pied par des parents acadiens dans la foulée de la Common Schools Act de 1871, Turgeon se voit mêlé à la controverse entourant l'enseignement confessionnel dans la province. Il abandonne l'enseignement après quelques années et travaille dans le commerce. Turgeon se lance aussi dans le journalisme, en tant que rédacteur du journal Le Courrier des Provinces Maritimes de Bathurst, de 1896 à 1899.

Turgeon brigue sans succès les suffrages lors d'élections provinciales et fédérales à la fin du 19e siècle. Entre-temps, il se voit comme le défenseur des intérêts des Acadiens de sa région et se charge de solliciter des postes et des récompenses pour ces derniers auprès des autorités gouvernementales. Ce n'est qu'en 1900 qu'il se fait élire pour la première fois, comme député fédéral libéral pour la circonscription de Gloucester. Il y siège jusqu'en 1922, puis est nommé sénateur, poste qu'il occupe jusqu'à la fin de ses jours. Durant ses mandats comme député et sénateur, Turgeon s'intéresse au sort de l'Ouest canadien et se fait le défenseur des droits des minorités francophones du pays. Tous ses enfants, par ailleurs, s'établissent dans les provinces de l'Ouest. En 1928, le sénateur Turgeon publie ses mémoires, intitulés Un tribut à la race acadienne.

Acadien par choix, selon ses dires, Turgeon est un ardent promoteur du réveil nationaliste acadien de la fin du 19e siècle. Il participe à l'organisation des deux premières conventions nationales en tant que membre du comité exécutif. Dans le discours qu'il prononce lors du premier grand ralliement à Memramcook en 1881, Turgeon se déclare solidaire du peuple acadien et de son choix de l'Assomption comme fête nationale. Il insiste aussi sur la nécessité de l'éducation dans l'avancement des Acadiens.


Sources: Canadian Parliamentary Guide, 1944, sous la direction de A.L. Normandin (Ottawa, 1944), p. 99; Onésiphore Turgeon, Un tribut à la race acadienne. Mémoires, 1871-1927 (Montréal, Ducharme, 1928); Jean-Guy Quenneville, "L'Ouest canadien vu par Onésiphore Turgeon, Sénateur", La Société historique acadienne : Les Cahiers, vol. 19, no 4, 1988, p. 123-138; Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).